Alpha-man have a drink (1).

Cher Journal,

J’ai de nouveau rencontré Alpha-man. C’était dans un bar à une heure avancée de la nuit. Il s’accaparait un bout du comptoir, accoudé à lui, son autre main tenant fermement un verre qui décollait de temps à autre jusqu’à son gosier. Son regard alerte scrutait visages et verres. Il ne perdait pas la moindre bribe des conversations alentours et soulignait d’un rire plus ou moins fort les calembours des badauds. Il était beau à vrai dire, resplendissant même. Le genre de gars bien bâti à l’allure un peu frustre dont le sourire dit « Là je suis bien, mais ne me cherche pas des noises, ok ? ».

Avatar de la virilité conviviale, sa mission était simple : ne laisser aucun verre vide ! S’il en croisait un, il se faisait un devoir d’inciter au réapprovisionnement, quitte à payer de sa poche. Parce qu’en plus de tenir l’alcool comme un roc l’érosion de la mer, il était généreux le bougre. Et le voila donc dominant une petite troupe de loups de mer totalement immunisé au scorbut pour peu qu’il y eu du citron dans leur boisson.

Et c’est à ce moment-là que je franchis le pas de la porte. Il me fallut un temps pour m’accommoder à l’ambiance : la musique un peu forte, les commandes des clients reprises par les serveurs, les gens plus ou  moins agglutinés. Une fragrance particulière se formait grâce aux exhalaisons multiples : bières, parfum, odeur de tabac, sueur de plusieurs jours pour les plus distingués … Et je te parlerai un autre jour de pourquoi le manque d’hygiène est un crime contre l’humanité ! Rien que d’y penser ça m’énerve ! Je vais courir une heure et je reviens !

Où en étais-je ? Ha oui ! Un pas chassé, un peu d’apnée et une excuse de convenance plus tard, je ralliai enfin le comptoir. Je pouvais enfin commander. La patronne me servit ma bière, Alpha man approuva d’un hochement de tête et je décidai de m’attarder un peu. Ce que j’aime dans ces moments c’est justement ce mélange de musiques et de personnes faisant un joyeux brouhaha qui extirpe du quotidien. On se laisse imprégner et on est rapidement ailleurs. Moment fugace s’il en est car mon rythme de dégustation est très en deçà de la moyenne nationale : autrement dit, je sirote et je ressens vite un certain décalage. C’est comme apprendre une autre langue mais à l’envers. Normalement, plus on pratique, plus on se comprend. Dans notre cas, c’est l’inverse. Plus la soirée avance, moins autrui est intelligible. Corollaire : la personne imbibée se croit, elle, totalement claire, ingénieuse, philosophe, éditorialiste politique, voire subversive ! Elle est juste bourrée…

Mais la soirée n’en était pas encore à ce stade et j’usais de ma technique de dégustation lente. Siroter est une technique parfaite pour qui ne veut pas se mettre la tête sans paraître « impoli » (note l’usage des guillemets). Mais il en fallait plus pour berner ce vieux briscard d’Alpha man. Déjà il me pointait du doigt et lança à la cantonade : « Toi ! Tu joues la montre ! »

Tu l'a sens la tension dramatique là !
*insérer une musique à l’harmonica*

 

Gros bisous.

PS : j’ai pris une douche.

 

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