Alpha-man have a drink (2).

Cher Journal,

Je n’ai pas eu le temps de te narrer la suite de mon aventure nocturne l’autre soir. J’entends corriger cela maintenant mais comme toute bonne série, je commence par un petit résumé de l’épisode précédent.

Alors que je pénétrai discrètement dans un bar afin de jouir (oui monsieur !) d’une petite bière, mon vivace esprit eut tôt fait de remarquer que la conviviale équipée que voici n’exultait que par l’alcool ingérait. Ne voulant céder aux sirènes éthyliques, je pris la pari de ralentir ma consommation. C’était sans compter sur ce fieffé d’Alpha-man qui n’entendait laisser personne sobre.

L’épisode 1 est ici.

Alors que la musique retentissait toujours, les gardiens de l’ordre du comptoir stoppèrent leur conversation et me toisèrent sans vergogne. Je les dévisageais un à un. Les yeux brillaient sous leurs paupières lourdes. De grands sourires narquois manifestaient la joie d’avoir percer à jour l’hérétique. Je pris mon temps. Ce genre de situation n’était pas tout à fait nouvelle pour moi. Ce n’était pas la première fois que la bonhomie grégaire et son avatar d’Alpha-man voulait m’embarquer dans une délire incontrôlé.

L’argument maître que j’usais autrefois était de dire, avec une voix plaintive, que je ne tenais pas l’alcool. Bien sûr, il fallait insister. Mais une fois que l’auditoire était convaincu de ma bonne foi, l’incrédulité et la suspicion laissaient place à une grande compassion ! Bon, elle durait 7 secondes, mais quand même ! Secondes après lesquelles, tout le monde se détournait de moi, par crainte de contagion j’imagine. J’eus quelques succès avec cette méthode, un bûcheron me prit dans ces bras un jour.

Mais ça, c’était avant ! Dorénavant, je n’entends plus céder de terrain face à une foule béate et conformiste ! Mon regard se porta donc à nouveau sur Alpha-man, le plus vivace de tous ! Le pilier des piliers ! La tour ivre de Sauron (la meilleure raison pour laquelle il n’a jamais pensé à regarder derrière, mais je m’égare). Je pris une inspiration et entrouvrit mes lèvres, je temporisais encore pour donner plus de poids à mes paroles. Mon nouvel argument massue n’avait pas encore été sur des personnes bourrées et l’excitation me gagnait. Mon regard se fit provocateur. J’eus un rictus incontrôlé. J’allais les balayer par la puissance de ma volonté et la violence de mon bon-sens. Je repensais à toutes ces fois où j’avais bredouillé, gêné, des excuses plus ou moins intelligibles pour ne pas faire de vagues. Je repensais à tous ces films qui nous balancent des flashback osef juste avant le dénouement !  J’allais créer un tsunami qui allait puisait toute sa puissance dans une évidence simple et …

-T’as cligné des yeux !

-Quoi ?

-T’as cligné, repris Alpha-man. Tu as perdu notre duel d’oeil-qui-doit-pas-cligner ! Tu dois boire cul-sec !

-Non.

-SI !

-Non ><

-Alleeeeeeeeeeeeeeer  !

-Mais je fais ce que je veux quand même !

Diantre ! Je ne m’y attendais pas. J’étais trop confiant et tout mes efforts de dramaturgie se sont évanouis comme un mauvais scotch lors une soirée étudiante. Je venais cependant de passer le cap de la triple négation, rares sont ceux qui vont au-delà. Percevant la puissance de ma volonté, Alpha-man changea de technique. Il se fit conciliant, presque paternel.

-Mais aller, tu peux me  le dire à moi. Pourquoi tu ne bois pas ?

-C’est à dire que j’ai un verre à la main.

-Qui n’est toujours pas vide. Ce genre de ruse ne marche pas sur moi. Alors ?

Et dire que je voulais mener la danse, c’était raté. Je lui laissai donc diligemment la main pour ce round et sortit quand même ma nouvelle saillie  verbale (dans ce cas, « saillie » veut dire trait d’esprit, non mais ho ! ).

-Parce que l’alcool à outrance, bof bof pour moi.

Cher Auteur, 2016

Peut-être es-tu déçu Cher Journal. Toute cette tension habilement créée pour en arriver là. Mais je voudrai bien t’y voir, c’est pas facile aussi ! Tous ces gens qui te regardent ! Et puis au moins, c’est plus facile à comprendre, non ? Bon ok, j’explique.

Ce qui me déplaît dans la boisson, c’est la redescente (ou la chute libre plus rarement). Juste après l’instant guilleret, fort agréable au demeurant, une pesanteur sournoise me gagne sans compter mon système gastrique qui m’insulte. Alors, mon esprit par trop terre à terre fait vite le compte. Le rire facile contre une nuit de merde ? Non. Puis il y a autre chose. Lorsqu’on ne cherche pas l’ivresse, on a toute la latitude pour observer ceux qui la pourchassent. Il est même possible de répertorier toutes les épaves étapes du processus. Je ne vais pas toutes te les décrire mais sache qu’on passe d’un épisode de Friends à Bienvenue à Zombiland plus ou moins rapidement. Le crème de la crème étant en boîte de nuit sur le coups des deux-trois heures du matin.  Le jeu consiste à regarder les gens sans considérer leur visage

Ô ! Quel sophistication dans l’agencement des couleurs ! Comme ce haut échancré légèrement volant s’associe bien avec ce pantalon blanc moulant ! Et celle-ci qui a osé la chemise à carreau dont les boutons du haut semblent innocemment déboutonnés ! Quelles ondulations félines celle-ci est capable de produire ! Et … Oh mon dieu ! Mais vous avez vu ces gueules ?! C’est comme si la peau était en train de se flétrir à vu d’œil. Les regards sponsorisés par KparK catégorie intimité totale, les trémoussements plus obscènes que langoureux, certains tapent plus qu’ils ne dansent, d’autres en profitent pour laisser traîner leur mains et je vais arrêter là ma litanie avant que tu ne me prennes pour un vieux con. Ce qui n’est pas fondamentalement un problème quand la remarque vient de ces gens. Je ne veux cependant pas me lancer dans une diathribe usée jusqu’à la moelle. Je finirai juste en disant  que je n’ai pas envie de perdre le contrôle de moi-même, parce que je n’aime pas et parce que rares sont les gens en présence desquels on peut le faire. Enfin, et c’est un problème tout personnel, je considère que prendre des psychotropes quels qu’ils soient pour adoucir le quotidien revient à faire preuve de lâcheté. Et j’ai raison ! Sinon Rocky 4 n’aurait jamais vaincu Drago le méchant bolchevik des années 80 !

alcohol
Les gens, allégorie.

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