Oui mais tu comprends…

Cher Journal,

Laisse-moi aujourd’hui te parler des 4 cavaliers de l’apocalypse de la rhétorique. Quatre mots magiques qui représentent l’opposé de ce qu’ils évoquent. Véritable étendard du paraître, de l’absence de communication mais surtout du type qui ne s’assume pas, cette assertion transforme toute phrase (et personne qui la prononce) en bouillie verbale où grands idéaux et mauvaise foi dansent sur le cadavre du bon sens. 

« Oui mais tu comprends… » 

 

Quand s’en servir :

Le « Oui mais tu comprends » sévit généralement en fin de discussion. L’un des jouteurs n’a plus d’arguments pertinents mais ne veut pas perdre la face (étant entendu que pour bon nombre de mes congénères, ne pas avoir le dernier mot équivaut à perdre des centimètres d’organe génital). D’autres sont dans une situation plus délicates : il sont chefs #egocomptedouble …

Toujours est-il que ces quatre mots ne doivent être employés que lorsque vous sentez que votre argumentaire glisse sur la dépréciation de la personne en face de vous, et non de ses arguments.

 

Comment ça marche :

L’affirmation en début de phrase est tout de suite battu en brèche par la conjonction marquant l’opposition. Stratégiquement, il s’agit de concéder une avance à l’interlocuteur pour mieux le contrer ensuite. Cette technique, très en vogue en Chine Antique, à été théorisée par Sun Tzu  comme étant la fuite feinte. Dans notre cas bien précis, le « tu comprends » donne tout de suite le ton. Vous vous placez en pédagogue, infantilisant votre contradicteur. C’est à ce moment précis qu’il faut brandir un grand principe tel que :

 

La cohésion, la passion,

Le Bien commun, la Nation,

Le Bien tout court, la Mission,

L’Entreprise, l’effort ou le Courage !

A base de Popopopo ! Wesh tavu ! 

 

… Ahem !

Bref, l’infantilisation et le grand principe sont un duo gagnant qui clôt généralement la conversation. Comme celui qui n’a pas compris n’a même pas conscience du principe en jeu, il a fait une boulette digne d’un enfant et on ne débat pas avec les enfants. C’est presque charité que d’instruire la-dite personne ! Ne reste plus qu’à afficher une mine affectée par la pitié pour plus de morgue. 


Quelques exemples :

-Oui mais tu comprends …

  • … La boîte est en difficulté en ce moment, on doit tout y mettre du sien… => N’es-tu pas capable de faire un effort pour la bonne santé de l’entreprise qui t’emploie ?
  • … Tu es célibataire et sans enfants, tu n’es pas prioritaire… => Égoïste qui n’a pas procrée ! Tu ne peux comprendre les vrais adultes !
  • … Tu manques d’expériences et ça te ferait du bien de pratiquer plus, tu nous coûtes un peu cher quand même. => La boite fait un effort en t’embauchant, montre-nous que tu es reconnaissant. N’est-ce pas que tu es reconnaissant ?
  • … Vu que tu as été malade, il faudrait que tu viennes rattraper ta journée ce weekend. => Les acquis sociaux, c’est sympa mais c’est pas eux qu vont payer les pénalités de retard. Comment ça le délais de base était trop court ?!
  • … Si je t’emmène aux urgences, personne ne va gérer le chantier et on va perdre du temps. Hé-ho ! Tu m’écoutes ?! Arrête de saigner partout !
  • … Si j’arrête de te demander où tu en es toutes les trois secondes, tu vas te relâcher et être moins efficace. J’ai appris ça à l’armée.
  • … Les français n’ont pas compris ce qu’on voulait faire avec cette loi, on a manqué de pédagogie.*
  • …  En tant qu’homme on est pas habitué à faire du repassage/cuisine/changer des couches/ménage/trucs de gonzesses. C’est du à notre éducation et à nos modèles parentaux.
  • … On a toujours fait comme ça.**
  • … Il faut respecter les croyances.** 

*Archétypus stéréotypus caricaturalis  : on n’a pas fait mieux.

**cas d’euthanasie préventive reconnue par la loi.

 

Apocalypse_vasnetsov (1)
Note : je crois qu’ils ont oublié de liquider un mouton tout en haut. A moins que ce ne soit une licorne.

 

« Ne sors pas sans tes sarcasmes » comme dirait Joey Star.

Gros Bisous.

 

 

 

Une réflexion sur “Oui mais tu comprends…

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