Étique personnelle ?

Cher Journal,

Je m’interroge. Oui, encore. Je me suis reconverti et j’ai complètement changé de métier. Dorénavant développeur (Consultant Développeur Web Front-End), j’ai rangé mon ébauchoir de charpentier (tout court). Sans affirmer que mon nouvel office est facile ni qu’il compte pour rien, je prends quand même nettement moins de risques pour gagner ma solde mensuelle. Mes conditions de travail se sont aussi grandement améliorées et la considération dont je fais l’objet est passée de quasi-inexistante à franchement chaleureuse.

Il faut dire que cette fois, en ce qui concerne le choix de mon nouveau métier, j’ai changé mes critères. D’abord, la passion l’argent, ensuite, un métier en tension et enfin, avoir les fesses au chaud. Coup de chance, ça me plaît vraiment et le ronron de la tronçonneuse ne me manque pas le moins du monde. Mais quelque chose me titille tout de même. C’est lors d’un discussion avec ma personne la plus mieux du monde qu’une idée fut éclairée en moi par le mirador de ma conscience. Petite digression sur cette fameuse personne qui est un peu mon super héros à moi. Infirmière, elle a officié de nuit dans les quartiers  Nord de  Marseille avant de rejoindre le services des urgences, le bloc opératoire et enfin, la salle de réveil. Il fut un temps où, pour se détendre, elle enfilait l’uniforme de pompier volontaire après une petite semaine de 60 heures. En fait, une infirmière, c’est plus fort que n’importe quel héros de comics, même si elle porte des crocs. Juge plutôt Cher Journal.

Une résistance à la pression hors normes puisque constamment en situation de crise : John McClane n’a plus qu’à se rhabiller.

La capacité  d’être sur tous les fronts en passant rapidement d’une tâche à l’autre : même mon ordinateur aurait besoin d’une pause pour refroidir à un moment.

Évolution dans un environnement hostile, dangereux et franchement dégoûtant : tel Neo dans Matrix elles doivent esquiver les projetions de sang, de biles ou autres fluides si corrompus que même le bouclier de Capt’ain America refuserait de coopérer.

Elles travaillent à toute heure du jour où de la nuit, à mi-temps (12 heures par jour).

Et comme mutations génétiques : une vessie en kevlar avec une autonomie de  2 semaines puisque avec tous leurs patients, elles n’ont même pas le temps de subvenir à leur besoins les plus basiques.

Ces bonnes poires ont un sens du devoir tellement poussé qu’elles donnent tout et tombent fatalement malade, de préférences au début de leurs vacances. Elles ont la vie et la mort des patients entre leurs mains et ont assisté à plus de trépas qu’un militaire en campagne. Parfois, elles sont réquisitionnées pour participer à des ponctions d’organes sur donneurs (s’entend, des cadavres).

Ajoutons une pression de la hiérarchie dont les techniques de management empruntent autant à l’Empire Sith Intergalactique qu’aux Shadoks. A ce sujet, une rumeur prêtant que certains encadrants sont formés à La Poste, à moins que ce ne soit l’inverse. Du coup, l’espérance de vie d’une infirmière est de 6 ans en moyenne.

lego batman boudant
Ha ouais quand même….

Qu’est-ce qui les fait tenir ? Qu’est-ce qui repousse sans cesse le burn-out et la dépression ? Je dirai que c’est le besoin de se sentir utile. C’est ce qui m’animait étant charpentier et c’est ce que j’entends des personnes embrassant des carrières de pompiers, policiers, militaires, agriculteurs, etc (liste non exhaustive). Il y a des personnes qui, au-delà de toutes considérations pécuniaires ressentent le besoin d’être utiles aux autres, quoi qu’il en coûte, quoiqu’il leur en coûte. Si des institutions comme la police ou l’armée honore ouvertement le sacrifice, d’autre métier l’expérimente également, à leur manière, tacitement, sans reconnaissance pour ceux qui tombent.

On est dans une monde marchand où tout se doit d’avoir une valeur monnayable. « Certaines choses ne s’achètent pas, pour tout le reste il y a… » ? Tu as fini la phrase tout seul Cher Journal ? Désolé, j’ai du te laisser une ou deux fois devant la télé quand tu étais encore en papier. Où je veux en venir ? Et bien, pou améliorer mon quotidien, j’ai du me défaire de certains idéaux et notamment de cette volonté d’être utile aux autres. Puisque ce n’est pas ce qui est récompensé à la hauteur des risques encourues (tomber du toit, se prendre une balle, contracter une maladie chelou, faire une dépression, côtoyer des bestioles d’une tonne et leur enfoncer un bras dans le vagin pour les féconder ou les faire accoucher, etc). Comparé à mon métier actuel, je vis sur une autre planète. J’évolue dans une salle chauffée et climatisée, je dispose d’un fauteuil molletonné confortable avec des roulettes, mon bureau a deux boutons pour régler électriquement sa hauteur du bout des doigts, j’ai une chef qui s’enquiert à mon sujet et qui m’invite au restaurant à l’occasion, ma boîte organise des soirées tous les trimestres mettant en place des navettes pour les gens trop éméchées.  Sur mon LinkedIn, j’ai en moyenne un message par mois visant à me débaucher à grand renfort de courtoisie. En un mot, je suis courtisé et chouchouté comme jamais. Comment c’est trop bien ! Du coup, au travail, je passe un peu pour un niais s’émerveillant de tout mais j’ai vécu autre chose et je n’oublie pas d’où je viens et ce par quoi moi et mes proches  sommes passés. Et qu’est-ce que je fais pour avoir plus de considérations et de courtisans que n’importe quel artisan du vivant cité plus haut ? Je fais et maintiens de sites internet. Je fais en sorte que le quidam puisse lire plus de commentaires à la prose colorées en bas des articles de journaux, commentaires d’autant plus contrastés que l’anonymat chasse la nuance ; j’applique des mises en page attractives pour que l’internaute reste plus sur la page et s’expose plus aux pubs d’autant plus intrusives qu’elles payent cher pour être là ; j’améliore le référencement pour qu’il y ait plus de ventes et plus d’abonnements…

Palpatine pose avec son sabre rouge
« Tu te calmes ! Amateur ! Tu es loin tellement du vrai côté obscur. Alors pète un coup et arrête de te la raconter. »

Et tu sais quoi Cher Journal, j’ai tellement bien travaillé sur moi-même que ce qui m’aurait bondir en fac de lettres ne me fait plus rien. Un abandon diront certains, une maturation diront d’autres. Ce débat ne m’intéresse pas car j’ai appris à me passer de l’approbation d’autrui.  Bigre ! Suis-je en train de me justifier ?

Au sens stricte de l’offre et de la demande, je réponds à un besoin. Ce terme  devrait suffire à ma conscience. Mais comme c’est ma conscience à moi, elle est taquine. D’un côté, elle me dit que j’ai bien joué en m’extirpant d’une situation O combien plus difficile. De l’autre, elle me dit que je ne suis pas vraiment en adéquation avec mes valeurs morales et que je pourrai être tellement plus. Mais n’est-ce pas plutôt mon ego qui parle ? Certes, il n’y a pas vraiment d’adéquation entre mon système de valeurs et le monde dans lequel je vis. Il y a clairement une différence de traitement entre les différentes professions, mais en quoi va m’aider mon aversion pour une injustice d’une telle ampleur (où ce qui l’est pour moi). Persévérer dans une voie que je trouve héroïque n’entraînerait que ma destruction contre une satisfaction éphémère de mon égo. Mauvais calcul. Ego et désir de justice s’entre-mêlèrent et me poussèrent à en chier pour me sentir digne de moi. Non que ce raisonnement se généralise à toutes les professions citées plus haut, ce n’est que mon cas, mais c’est étrange de voir comment la poursuite de chimères aussi positives soient-elles peuvent pourrir la vie, peuvent pousser à faire des choses incroyables que je ne regrette absolument pas mais que je n’ai jamais pu estimer à leur juste valeur jusqu’à maintenant.

Finalement, tout ça n’est qu’un prétexte à un cheminement personnel tortueux. J’ai décidé de me lâcher la grappe et de reparamétrer mes ambitions, de les adapter au contexte. #roublard>paladin #comprenneQuiPourra

En y réfléchissant bien, j’ai retiré quelque chose de tout ça. J’ai abonné mon idée de Mission, une idée d’une vie flamboyante par les efforts et les sacrifices consenties, une vie au service d’une cause supérieure que ferait de moi quelqu’un de valable aux yeux de mon ego trop exigeant. Je ne parle pas pour les autres, je ne parle que de mon cas. J’ai toujours autant d’admiration pour les métiers cités plus haut mais, je pense avoir trouvé un environnement qui me correspond mieux. Et si ça me correspond mieux, mes proches me supporteront mieux, voire, c’est moi qui les appuierai ! J’aurai plus d’énergie pour faire des sourires, complimenter mon fournisseur de cookies, distribuer des licornes et des arcs en ciel. C’est beaucoup plus humble certes mais ça marche mieux alors autant saisir l’occasion.

 

Gros bisous.

 

 

Crédits :

Images provenant de DevianArt

TroDark Lego Batman, Fedde, https://fedde.deviantart.com/

Encore plus Dark Sidious,Vividfury, https://vividfury.deviantart.com/

Laisse donc un mot.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s