L(‘e-)monde du travail

Cher Journal,

Je ne sais pas si le karma existe, mais si c’est le cas, la partie qui s’occupe du travail doit être sacrément gangrenée en ce qui me concerne. Laisse-moi te narrer par le menu mes premiers pas dans le monde disruptif et phosphorant de l’Aïe-ti.

 

Premier Semestre

 

Je sortais de convalescence de mon hernie discale lorsqu’une entreprise me contacta : une ESN (entreprise de service numérique), labellisée  »Great Place To Work ». Me voila donc débauché par une boîte à la croissance exponentielle et prodigue en formations. Un système de récompense y est en train de se mettre en place pour quiconque participe à la vie de l’entreprise : conférences, cooptations, apport de marché et examen de candidature. Il y a même des tickets restos et une prime de transport. Pour l’ancien du bâtiment et des petits boulots galère ayant passé les 5 dernières années à lutter contrer diverses maladies et à se former à qui mieux mieux, c’était la lumière éblouissante au bout du tunnel !  C’était un soulagement et la perspective d’un minimum de confort dans ma vie. Par confort, s’entend :  »j’ai enfin décroché un CDI et je vais être tranquille quelques années ». Corollaire :  »Quand je ne travaillerai pas, c’est que je serai en vacances et pas en inter-contrat / fin de saison / ne te détends pas trop il faut assurer tes arrières ».

Une prime de transport et des fucking tickets restos à 7 euros 50 ! Comment j’allais trop me la péter !

Ahem …

Tout n’était pas rose pour autant. Le poste à pourvoir était à Marseille, ce qui équivalait  à 1h30-3h de bouchons quotidiens. Le client pratiquait une pause méridienne de 2 heures et mon taux horaires plafonnait dans les hauteurs stratosphériques du charity buissness. Tout ceci était parfaitement justifié : c’était une première expérience après une reconversion rapide ; je ne devais pas m’inquiéter, mon salaire ne resterait pas si bas.

Étant absolument inadapté et incompétent en ce qui concerne la négociation, le marketing-merchandizing-packaging de moi-même et le bluff, j’acceptais cette offre me disant qu’il fallait bien commencer quelque part. Et les à-côtés étaient quand même intéressants sur le papier.

Et c’est ainsi que je ne finissais pas mes séances d’aqua-kiné afin d’intégrer au plus vite mon nouvel office sachant que tous ces trajets pouvaient raviver des douleur en train de s’éteindre. Les débuts furent plutôt calmes et agréables. Les rapports étaient bon avec le reste de l’équipe ce qui n’était pas étonnant au vu de l’ampleur du processus de recrutement :

  • un entretien d’une heure avec l’ESN,
  • un autre aussi long avec les deux chefs techniques du client,
  • un test de culture général sur le développement web,
  • un entretien de 5-10 minutes avec chaque membre de l’équipe (heureusement qu’ils n’étaient que 10…),
  • 2 tests techniques sur l’intégration et le développement.

Mes rapports avec l’ESN était également au beau fixe. Je proposai un article pour alimenter le blog officiel et celui-ci reçu un très bon accueil ; je profitai avec allégresse des restos offerts par notre chef direct. En un mot, j’étais euphoriques et ne prêtais qu’une attention distraite à deux informations particulières . Avec l’arrivée d’un  nouvel investisseur, le recrutement des débutants étaient terminés. Et le nouvel Happy Chief Manager avait envoyé un sondage poussé pour évaluer le bien-être des collaborateurs. Joliment présenté et agréable à parcourir, ce sondage était une invitation à se dévoiler pour que le responsable du bonheur puisse être le plus efficace. Ce que je ne comprenais pas bien, c’était pourquoi il voulait créer un système de score pour chacun d’entre-nous en fonction de notre implication. Pour que la pilule passe mieux, ce système de score allait se draper des beaux atours de la  »gamification ». La hiérarchie semblait ravie.

Au fait, ai-je mentionné que la directrice d’agence était aussi délégué du personnel ? Par pure abnégation pragmatique j’imagine. C’est la première fois que je vois ça en tout cas.

Et passé les trois premiers mois, mes conditions de travail ont commencé à se déliter… Du fait d’une organisation  »atypique », le travail se faisait de manière totalement anarchique : les projets débutaient pour être retirés brutalement, les maquettes étaient périmées, absolument tout était urgent, les changements de tâches constant. A la fin de certaines journées, je ne savais même plus ce que j’avais fait. Il me fallait fouiller dans les décombres de mon cerveau quelques bribes éparses que je notais immédiatement pour la réunion du lendemain matin. Puis je m’installais l’œil hagard au volant de mon fidèle kangoo pour regagner  la demeure familiale en me payant une dernière tranche de bouchon. C’est que j’attendais la fin de ma période d’essai avant de déménager. A ce propos, la visite d’appartements sur Salon me fit doubler les trajets certains jours ! Mais la reconquête bientôt achevée de mon nouveau chez moi me donna une formidable énergie et me permit d’endurer ce travail pénible et ingrat. Puis ce n’était peut-être qu’une mauvaise passe comme ça arrive parfois

C’est aussi à partir de ce moment que le discours de l’ESN se modifia. Encouragé à fournir un travail exemplaire, j’étais invité à en apprendre le maximum pour que je puisse avoir une prochaine mission lorsque celle-ci s’achèverait, à l’horizon 2019. Bon entendeur, ma pause méridienne se mua en veille technologique et en apprentissage…

Avec l’été et son écrasante chaleur, je découvrais les joies du travail en locaux climatisés ! Cependant, mes tâches étaient de plus en plus ingrates  et le fait de poser du scotch en lieu et places de points de sutures bien propres commençait à éroder mon goût du travail bien fait. Dans bien des cas cependant, le ticket m’échappa : l’hématome étant en fait un cancer qui sortait de ma fiche de poste. Tout cela était terriblement fastidieux et démoralisant et j’accueillais les nouveaux tickets avec une appréhension toujours accrue, me demandant sur quoi j’allais encore tomber. Toutes les joies offertes par la résolution d’un bug retors s’étant envolées depuis bien longtemps.

Face à mon désarroi grandissant, on me rétorqua qu’il fallait en passer par là, que j’étais débutant (un débutant qui corrigeait des erreurs d’une grossièreté absurde, soit dit en passant), c’est comme ça qu’on apprend, on a toujours fait comme ça, blablabla. Bref, la sempiternelle rengaine d’ingestion de vaches enragées pour progresser. En termes d’absurdité, l’humanité se pose là quand même. C’est alors que je repensais à mon ancien office et à mes anciens formateurs compagnons charpentiers. Ce qu’il se disait le plus, c’est que pour progresser, il fallait changer de boîte (et de coins). Eux, tous les six mois :  »Zouh galinette » ! Mais au vu du temps nécessaire pour appréhender un environnement de développement, ça fait un peu court. Un an me semblait plus judicieux et l’idée commença à faire son chemin. il fallait que j’en parle à mon ESN. Après tout, j’étais en CDI et je souhaitais justement y rester pour cette possibilité de changement de missions. Dans le même temps où je songeais à tout ça, un collègue aussi bien loti que moi en attribution des tâches avaient déjà lancée une fusée de détresse.

 

 

Août

 

 

Et nous voilà fin août : notre chef d’ESN vient nous chercher pour un de ces toujours plaisants restos offerts. La détresse se lisait sur mon visage vu que je ne faisais même plus de développement : mon travail du jour consistait à intégrer un texte de juriste criblé de fautes d’orthographes (du genre  »et » au lieu de  »est »). Quand notre hôte nous posa l’innocente (?) question  »comment ça va ? », elle ne s’attendait pas à l’avalanche de doléances que j’allais déverser. Et tout le monde, c’est à dire 4 personnes, s’engouffra dans la brèche ! En guise de conclusion, j’expliquai que je prendrai sur moi pour finir l’année comme je m’y étais engagé mais que je n’aurai pas la force (résignation ?) pour tenir au-delà de 2018. Et afin d’avoir été bien compris, je me fendis d’un mail dans l’après-midi reprenant point par point tout ce qui pour moi posait problème et pourquoi je ne me sentais pas respecté.

Ma fusée de détresse était lancée et je lorgnais tel un assoiffée une cruche d’eau fraîche mes vacances posées mi-septembre. Mes premiers congés payés depuis littéralement des lustres ! J’irais profiter de ma maison à moi, sans penser au ni taf, ni à en chercher un, sans être convalescent, l’esprit tranquille ! Ça n’allait être que du bonheur ! Un bonheur très pantouflard certes mais ce secteur d’activité commençait à m’être étranger.

 

Septembre

 

Début septembre, notre raz-le-bol porta ses fruits et voila que des entretiens individuels entre développeur, ESN et client se profilaient : l’occasion de parler et peut-être de trouver des solutions. Même si j’étais en accord avec moi-même, je ne savais pas ce qui c’était dit entre mes deux chefs et c’est avec une légère appréhension que j’attendais mon tour : avant-dernier. Ils nous appelaient par ordre croissant de mécontentement. J’entrais dans le bureau, pris place et commençait à rassembler mes arguments. Précautions inutiles vu que l’entretien ne dura pas plus de 2 minutes et durant lequel je ne pipa quasiment aucun mot. En substance, cette entretien minimaliste se résuma à :

« Ne retenons que le positif, nous avons grandi ensemble, maintenant, je ne souhaite qu’avoir des personnes motivées pour garder une bonne ambiance. Je vous libère de votre mission le 14 septembre. »

Je ne pus dissimuler un large sourire : c’était bien plus rapide que prévu, j’étais protégé par mon CDI (et, par aveuglement, j’étouffais avec un coussin d’euphorie Méfiance, une de mes petites voix qu’il m’arrive de confondre avec Cynisme).  Soulagé, je regagnais mon poste qui étrangement se colorait déjà de la teinte de la nostalgie. L’humain est une machinerie vraiment bizarre. Mon travail était toujours aussi exaspérant mais cette nouvelle perspective me donna du baume au cœur. Exemplaire, je restais consciencieux jusqu’au bout.

 

12 Septembre

 

A la mi-journée, je retrouvais ma chef. Elle avait eu un contact avec une boîte de Cavaillon, ce qui était bigrement intéressant pour moi en terme de localisation. Le problème est qu’il n’y avait aucune fiche de poste et que l’ESN n’y avait pas encore de contrat. On allait donc tenter le doublé gagnant. En avance, nous prenions un peu de temps pour glaner des informations sur internet et pour ajuster notre discours. J’ai bien aimé ce moment-là et pour quelqu’un d’habituer aux entretien en solo, c’est plutôt plaisant de se sentir épaulé.

Nous franchîmes les double-portes vitrées automatiques et suivant le commanditaire, nous progressions dans un bâtiment plus vaste qu’il n’y paraissait. Moquette un peu vieillie, murs crème légèrement jaunis par la patine de temps, des fenêtres d’intérieur cloisonnaient des  »openspaces » depuis lesquels aucun bruit ne filtrait, certaines personnes me dévisageaient  d’un regard un peu trop appuyé à mon goût.

Le recruteur nous emmena dans un petit bureau. Nous nous installâmes et il déclara de but en blanc :

-Alors je viens de lire votre CV en diagonale…

Non ! Non ! Non ! Non ! Non et NON ! SI tu es recruteur et que tu lis ses lignes : on évite de cracher à la gueule des gens dès la première seconde d’entretien. Surtout quand les gens viennent de se farcir 80 bornes ! Préférez plutôt dire que vous avez besoin de quelques minutes pour vous replonger dans le CV. Mais restons zen et écoutons la suite de la phrase.

-… Et je vois que vous êtes plutôt développeur Back-end que Front-end.

– Et bien c’est très exactement l’inverse.

Magique ! Le mec vient de se planter sur la première ligne. C’est ce moment que choisit ma chef pour intervenir afin de clarifier les besoins. Ça me laissait le temps de juguler ce rictus haineux qui était en train d’émerger. Notre hôte commença par nous présenter l’entreprise et le poste et je ne compris strictement rien à tout son charabia.  Imagine un discours plus inondé d’acronymes que ce que peut en produire un pédagogue de l’Éducation Nationale en fin de carrière ! Ça devrait être interdit par la Convention de Genève ces choses là ! Globalement, j’ai l’impression que les professionnels de l’informatique aiment se donner une contenance en étalant leur vocabulaire spécifique. Je décidais d’ancrer la conversation dans le palpable en demandant comment se déroulait une journée moyenne. Formule polie pour obtenir des informations utiles comme par exemples les horaires, les tâches à accomplir, etc. A condition que l’interlocuteur comprenne…

-Alors ici, on travaille au forfait. On commence le matin, pas trop tôt, et tant qu’il y a du travail, on reste.

Intrigué, je me retournais vers ma chef vu que la partie facturation lui revenait. Comment allait-elle répondre à cette assertion aussi précise qu’une divination de Nostradamus. Et malgré tout ses efforts, impossible d’avoir du palpable. Finalement, les deux pontes devaient discuter ensemble des bases d’un accord putatif tandis que moi, j’allais passer un test écris.

Je m’interroge sur la pertinence d’une telle pratique. Attendu que lorsque j’étais charpentier, on ne me demandais pas de tailler une ferme sur le parking. Même chose en usine, et un peu partout où j’ai pu mettre les pieds en fait. Peut-être qu’à l’usage j’y verrai quelque chose de positif mais pour l’instant, j’ai l’impression qu’on remet en doute ma parole. Hypothèse : la profession serait-elle pleine de mythos ?

Le recruteur m’informa que les consignes étaient claires et que j’avais un quart d’heure.

Une fois seul, je posais un regard sur la consigne.

Elle était tronquée.

Visiblement, l’impression sur A4 n’était pas une compétence maîtrisée en ces lieux. Je crois avoir soupiré si fort que le mistral s’est arrêté quelques secondes. Le code présenté était des plus retors et j’en oubliais bien vite le but : pointer les manquements aux bonnes pratiques. Je me noyais. En guise de gong, la porte se rouvrit sur ma chef qui me lança un tonitruant : « Alors ? Tu n’es pas parti en courant ? ».

Franchir à nouveau la double-porte vitrée fut un réel soulagement mais un sentiment de confusion restait vif en moi. Qu’est-ce qu’il venait de se passer ?

-Est-ce que tu te sens de travailler ici ?

-Heeeeeeeeeeeeuuuuuuuuuuuuu… Laisse-moi remettre de l’ordre dans mes pensées et demain, je te donne une réponse justifiée par mail.

Comme de bien entendu, ma réponse fut négative et je classais l’affaire.

 

Vendredi 14 Septembre

 

Juste avant de m’échapper une dernière fois du Mordor (Marseille) et de prêter serment de ne plus jamais y remettre les pieds, il fallait passer par la case  »pot de départ ». Pour faire office, mon acolyte et mon acolyte avions arpenté les rayons manger-pas-bouger.com d’un monoprix des Terrasses du Port. Ne voulant pas trop dépenser, nous avions choisi de régaler noter future ex équipe de mets les plus fins estampillés éco+. C’était quelque chose que je ne voulais pas faire traîner, aussi m’y pliais-je avec quelques mauvaises grâces. Cependant, la moue affectée de certains collègues quant à mon départ fit naître en moi quelques scrupules. J’aurais pu prendre des chips de légumes.

La vraie soirée m’attendait ailleurs, à Salon et son éternelle Bièrerie. J’escomptais arroser comme il se doit ces événements, ce qui correspond pour moi à 3 demi de Troll. Je ne tiens pas bien l’alcool. La tension accumulée dans mes épaules s’évaporait doucement et j’expliquais avec une facétie toute sudiste que pour l’instant, je n’étais qu’en week-end, mes vacances ne commençant que lundi. Pour être sûr de m’être bien fait entendre, je remis le couvert samedi et dimanche. C’était une expérience agréable que de rentrer chez soi un brin grisé par l’alcool, euphorique, marchant dans les rues tranquilles et humant l’air frais de la nuit.

Et ce lundi matin à tirer au flanc ! Pour en extraire la substantifique moelle, je me souviens m’extirper du lit, ouvrir volets et fenêtres avant de replonger dans les draps, un soleil déjà haut me cuisant une partie du visage décoré d’un large sourire béat. Et c’est à peu prêt tout ce qui se passa ce matin. Je me rendis compte que la fatigue accumulée était importante et j’allais employer toute ma volonté pour la conjurer.

Glissant hors du lit, aidé par la gravité, ma main attrapa mon mobile et désactiva machinalement le mode avion. Alors qu’un duel de regard entre moi et mon frigo vide s’éternisa, le son d’un message reçu me fit détourner les yeux. Je grognais. Comme à chaque fois que je reçois un message du reste. L’écran déverrouillé m’informa que non seulement, il s’agissait d’un message vocal (mon plus grand Némésis), mais en plus provenant de ma chef.

-Hello, c’est Chef. Peux-tu passer à l’agence pour faire le point ?

Dire que cette initiative m’horripila relève de l’euphémisme. Était-ce trop demandé que d’être en vacances ? Bien que des images toutes plus violentes les unes que les autres dansaient dans ma tête, l’hésitation battait la mesure. Devais-je faire le mort ou me rendre à l’agence ? Je fis appel à mon entourage. Assez schématiquement, les anciens et les mieux installés dans leur situation m’incitèrent à accéder à la demande de Chef parce que c’est pour le travail et donc c’est important, blabla faire des efforts, la crise blabla. Mes copains galériens, quant à eux, abondèrent dans le premier choix. A la réflexion, il n’y avait pas de bonne solution : toutes deux m’énervaient. Il fallait en choisir une et ce fut le premier. Dans le même temps, un doux fumet  de caca commençait à m’emplir les narines.

 

Mardi 17 Septembre

 

Je garais mon véhicule devant les bureaux et un dernier regard au rétroviseur m’avertit que le froncement de mes sourcils et mon regard injecté de sang n’était pas une bonne entrée en matière pour un entretien. Encore que… Je tentais de chasser le dépit qui s’était emparé de mon visage en y passa mes mains puis je me dirigeai vers les beaux locaux de ma fringante ESN. De la verdure, la Sainte-Victoire en fond, des murs neuf d’un blanc immaculés : tout ça fleurait bon l’entreprise dont le chiffre d’affaire augmente de 40% chaque année. Pas de quoi s’inquiéter a priori, hein ?

J’entrai. On me proposa un café. j’acceptais.On me proposa de m’asseoir. j’acceptais. Chef vint me chercher et m’emmena dans un bureau fermé. Elle me remercia de ma réactivité et  de venir sur mes vacances. Puis elle me signifia que Cavaillon n’avait pas retenu ma candidature parce que j’étais trop junior sur les technologies demandées. La bonne blague, autant se plaindre qu’un plombier ne fait pas bon carreleur. Malheureusement, je n’avais pas ma boîte à « Ca alors! »(c) avec moi pour ponctuer tant de pertinence.

-On est dans une impasse.

-Ça veut dire que ma demande de formation de trois jours est refusée ?

-Malheureusement oui.

Et blablabla boniments, blablabla bon sentiments, blablabla situation économique et décisions en haut lieu. En résumé : cette Great Place To Work à taille humaine ne souhaitant pas me mettre  »en difficulté » me proposa une rupture conventionnelle. Celle-ci serait bien entendu anti-datée afin que le futur chiffre d’affaire tonitruant de ma futur ex-boîte ne soit as trop écorné. Surtout que quand on est un travailleur, un vrai de vrai avec de la virilité et une conscience aigu du devoir, on ne met en difficulté une entreprise en faisant sa mauvaise tête pour être rémunéré sans travailler lors d’un inter contrat. Et puis ça fait pas bien sur un CV. La densité de mon goût avoisinait celle d’un trou noir.

-Mais pourquoi est-ce que vous ne me licenciez pas tout simplement ?

-Pour quels motifs ?

-C’est précisément la question que je me pose.

-[insérer gloubiboulga  de langue de bois de catégorie ‘carriériste politique’. Je n’écoutais plus.]

-Mettons que je refuse.

-La hiérarchie nous mettrai la pression.

Intéressante cette utilisation du  »nous ». Cela dit, je sentais que Chef n’était pas très à l’aise avec ce genre d’exercice. De son propre aveu, c’était sa première fois. Je pris quelques instants pour réfléchir. Je repensais à comment ce travail m’avait trouvé : par LinkedIn. En créant mon réseaux, je m’étais aperçu que nombre de managers étaient en relation. Un message peu amical à mon égard pouvait rapidement faire le tour de la toile et sérieusement abîmer mes chances pour la suite.

-J’accepte mais à une condition : je veux une lettre de recommandation.

S’ils ne veulent pas me mettre en difficulté, comme ils le disent, ils devraient accéder à cette menue requête. Je me sentais dans la position de l’Irak envahi négociant avec l’OTAN  le programme « pétrole contre nourriture. »

-Une quoi ?

-…Une lettre disant combien je suis bien et un formidable atout pour ma prochaine boîte. Je pense qu’il doit y avoir des modèles en interne.

-Je vais me renseigner. Tu as des questions ?

-Oui.

Je me mordis incompréhensiblement les lèvres pour ne pas évoquer le caractère illégal de tout ceci et je m’enquis de ma prime blague de fin de contrat, puis de ma participation aux bénéfices et enfin de mes congés. Après le tour d’horizon effectué sur l’ensemble des détails techniques, je m’esquivais fissa. Le trajet fut portée par les douces mélopées de Dagoba, Eths, RATM, Guerilla Poubelle, Tagada Jones et autres chants  lyriques de la catégories gourmandises auditives comme seuls le punk et le métal savent le faire.

J’alertais en priorité le conseil des anciens : ils tombèrent des nues. Mes copains galériens, de beaucoup mon haut. Je me disais qu’avec un CDD, j’aurai eu eu une vraie prime.

 

***

 

Le monde du travail m’a permis d’éprouver toutes une palette d’émotions  bien souvent dans le registre du négatif. Le doux bruit du perforateur sautant d’un étage à la rencontre de mon crâne, nimbant mes cheveux de sang alors que le patron accourt au chevet du gisant … outil. Le même patron qui te propose ses clefs pour que tu t’emmènes tout seul aux urgences au travers des routes de montagne parce que le chantier ne doit pas prendre de retard. Il y a eu aussi cet autre patron mystique traitant tout ce qui lui apportait la contradiction de démons. Zélateur éprouvé et fin manipulateur, rejoindre les illuminés facilitaient grandement le quotidien. Et ce chef d’équipe militaro-raté qui déployait des techniques de management harcèlement pour garder ses effectifs productifs stressés à mort. Tout ça pour dire que je n’avais pas encore éprouvé la sensation d’être un mouchoir usagé que l’on jette.

Et dire que je n’ai pas eu le temps de balancer  »L’homme pressé » de Noir désir sur l’intranet dans la catégorie livre d’or. Je voulais vraiment faire cette chiquenaude puérile mais lors de ma connexion, un mail  retint toute mon attention. Le Big Boss félicitait chaleureusement l’ensemble des collaborateurs pour les bénéfices records qu’allait affichait cette année encore la Great Place To Work.

 

Palpatine : ironic quotes

 

Gros bisous.

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