2019 : la Positive Attitude

Cher Journal,

Aie Aie Aie. 2018 est bientôt finie et je ne sais pas si je dois dire ‘déjà’ ou ‘enfin’.  Encore une année rocambolesque qui a tenu toutes ses promesses, c’est à dire aucune. Je vais un peu loin en affirmant ça, il est vrai qu’à la même période, l’année dernière, je sortais tout juste de 3 mois de convalescence. Cette fois, j’ai juste été sacrifié sur l’autel de la rentabilité. Objectivement, c’est une amélioration.

Initialement, j’avais prévu de m’épancher sur les raisons de ma colère. Celle qui est présente depuis des années. Celle qui entre en résonance avec l’actualité puisque étonnamment éclairée par elle. Celle qui s’érige en sentiment prédominant et dont je crains que mes proches ne s’en exaspèrent. Et puis je me suis dit qu’il y a pléthore de productions en la matière et qu’en rajouter une couche ne serait pas forcément très pertinent.

 

L'ancien premier ministre de Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin, poing levé, scandant une de ses célèbres tournures de phrases : "Je recommande la positive attitude !"
Ha ben voila ! Ça c’est bien !

 

‘Il faut rester positif’ scande-t-on à envie dans le monde des humains. Mais cette phrase m’énerve aussi. Déjà, parce que j’ai un problème avec les injonctions impératives non argumentées. Ensuite, parce que j’ai quand même le sentiment qu’on cherche à étouffer tout ce qui est ‘négatif’, à grand renfort de ‘philosophie’ new-age, dans une vision manichéenne et déterministe de la vie. Si je pense positivement, alors, les choses vont se débloquer d’elles-mêmes. Si je reste positif, je reste attractif, ouvert pour autrui, ouvert  à chaque opportunité qui se présente à moi. Si je reste serein, zen, mon corps me dira merci. Je dois m’inspirer de ces sages et souriants moines bouddhistes (l’ancêtre du coach de vie) qui se contente de si peu.

 

Alors, j’ai fait le test Cher Journal. Un jour, emplie de culpabilité par mon incapacité à ne pas être satisfait, je suis allé passer du temps dans un monastère bouddhiste comme bénévole. Environ deux semaines si ma mémoire ne me joue pas de tours. Et c’était tellement agréable (même s’il faut faire tri dans les motivations spiritiques de tous les gens qu’on croise). Globalement, la vie s’écoule dans un cadre assez souple et rassurant, rythmée par les rites du matin et du soir, par les trois repas quotidien, par l’herbe à enlever sur le chemin, par la gestion des nombreux évènements organisés au cours de l’année : festivals, séminaires, stages, etc. Il y a aussi pas mal de bricoles et d ‘entretien à faire. Le cadre est dépaysant, en pleine nature, et la tension que l’on peut vivre au quotidien dans le milieu profane ne semble pas avoir prise ici. La frugalité est de mise mais les moines ne sont pas totalement démunis pour autant, ce n’est pas la même chose. Ils ont quelque chose que beaucoup n’ont pas : savoir de quoi demain sera fait. Ou, plus prosaïquement, avoir une visibilité sur l’avenir à moyen terme.

C’est important de pouvoir prévoir. C’est important parce que ça offre un cadre reposant pour l’esprit en perpétuelle tension s’il doit constamment chercher des solutions pour assurer sa survie. Et j’ose employer ce mot parce que même si on a un très chouette système social qui joue son rôle d’amortisseur, passer sa vie à conduire en colline, hors des chemins balisés, peut rapidement tasser vos vertèbres. Tu t’épuises à ébaucher des plans qui ne seront valables que quelques mois après quoi, il faudra encore une fois tout recommencer. Nouveau travail*, nouvelle période d’essai, nouvelles personnes, nouvelle entreprise, nouvel environnement, nouveaux projets qui fleurissent dans ta tête et qui ne se concrétiseront jamais.

Alors j’écoute Rage Against The Machine et les Béruriers Noirs.  Je me crois inadapté à un monde de bluff  dans lequel il faut retenir ses colères puisque nous sommes tous des citoyens civilisés, positifs et confiants en l’avenir. Un monde dans lequel il faut savoir se contenter de ce qu’on a puisque les gentils moines font la démonstration qu’on peut être heureux avec peu, puisque l’actualité nous montre des malheureux traversant la mer dans des embarcations de fortune fuyant la misère.  N’est-ce pas caprice que de faire des vagues ? Que de dire non à un capitaine d’entreprise qui doit manœuvrer par temps de crise. Ce capitaine qui reluque ta collègue de boulot en lui demandant une fellation pour soigner sa migraine. Tes collègues qui en rigolent parce que … Parce que c’est une petite blague bien innocente qui est là pour détendre l’atmosphère. On a tous besoin de se détendre. Et puis sur un malentendu, elle peut dire oui. On est entre adultes consentants et il n’y a pas de mal à se faire du bien. Et le fait qu’elle soit en période d’essai n’a rien à voir la-dedans. On ne peut plus rire de rien ma parole !

PO-SI-TIF on a dit.

Surtout que cette attitude devrait nous servir pour l’année qui vient. On va fêter les 40 ans de la crise ! Tu te rends compte Cher Journal ! 40 ans ! Bon, un peu plus si on part de 1973 mais je suis beau joueur. On a dépassé en durée les Trente Glorieuses ! 40 ans de crise pendant lesquelles le PIB est passé de 400 à 2300 milliards d’euros. Le tout saupoudré de 2 révolutions industrielles : la micro-informatique et internet ! Et le système est grippé ? Aurait-on un système ne ‘fonctionnant correctement’ que lorsque le tiers de la population est passée par les armes ? … Flûte ! J’ai dit que je ne parlerai pas de politique. Excuse-moi Cher Journal, je m’emporte. Mais quand tu en es réduit à partager tes tickets resto avec tes potes, quand ta sœur fonctionnaire infirmière se fait refuser plusieurs T2 en location parce que son dossier n’est pas assez solide, quand elle a environ 700 heures supp’ pas payées, quand tes potes profs remplaçants font journaliers déménageurs pendant les vacances scolaires, quand je pourrai encore et encore allonger cette liste de galères personnelles ou de proches, il y a de quoi vriller.

Mais ce n’est pas bien, je ne dois pas le faire. Les coachs de vie, les managers du bonheur, les RH, les livres de cuisine, le yoga, le qi gong, les religions et même la physique quantique nous le disent : le négatif, c’est mal ! Ce n’est pas le monde qu’il faut changer, c’est soi-même.

Le non entraîne l’opposition, l’opposition mène à la colère, la colère mène à la fermeture, la fermeture mène à l’isolation, l’isolation mène à la frustration, la frustration mène au cancer du cul.

Les êtres positifs tellement emplis de lumière que nous sommes avons les moyens de transmuter cette énergie obscure en quelque chose meilleur, de plus grand. Je t’invite Cher Journal, une fois de plus, à un nouvel exercice de détente en ma compagnie. Installe-toi bien confortablement dans ton fauteuil, dans ton lit ou dans ton plaid préféré.

 

 

Respire profondément.

Focalise-toi sur l’air qui entre et qui sort de tes poumons.

Seul le présent est réalité.

Seul le présent importe.

Focalise-toi sur ce le positif et uniquement lui.

 

Quand un collègue t’humilie, désarme-le avec ton plus beau sourire. Ne fait pas de vagues. Montre que tu es plus fort puisque rien ne t’atteint.

Le négatif glisse sur toi.

 

Quand tes heures sup’ ne sont pas payées, reste stoïque, le karma réglera les comptes.

Le négatif glisse sur toi.

 

Quand des personnes sont arrêtées préventivement en marge des manifestations, reste centré. Il n’y a pas de hasard.

Le négatif glisse sur toi.

 

Quand l’état d’urgence est normalisé et que l’arsenal policier est sans cesse renforcé, dors tranquille.

Le négatif glisse sur toi.

 

Quand un referendum n’est pas respecté et que de toute façon, il n’y en a pas eu depuis 13 ans, sois heureux de ne pas être embarrassé par des questions si compliquées. Chacun à sa place.

Le négatif glisse sur toi.

 

Quand la banque ne te prête que de quoi acheter un garage parce que son fond de commerce c’est les agios, c’est parce qu’elle n’a aucun intérêt à ce que ses clients s’enrichissent. Elle a compris que l’argent ne fait pas le bonheur.

Le négatif glisse sur toi.

 

‘Quand c’est les djihadistes qui foutent le bordel à Paris, c’est les écologistes qui vont en taule.

[N’en n’ait] rien à foutre’.**

 

Le présent, le positif.

La vie recèle de pépites qu’on ne prend pas la peine d’apprécier si on est trop trop tourné vers l’avenir.

Laisse les aléas de la vie glisser sur toi.

Tu as la chance d’être dans un pays riche.***

Ne gaspille pas ton énergie en plaintes et souris plutôt.

Tu es tellement beau quand tu souris.

Souris et le monde te sourira.

Souris de ton présent.

C’est tout ce que tu as, cet instant fugace et si intense.

Respire et concentre-toi sur toutes ces bonnes choses qui t’entourent.

Un rayon de soleil sur ta peau, le contact d’un vêtement, un collège riant à une blague du chef, un homme politique expliquant qu’il n’a pas fait assez de pédagogie.

Tout va bien.

Sens tes épaules se dénouer et reprendre leur place.

Sens comme tu es apaisé et comme tu vois clair en toi.

Prends une nouvelle, ample et grande inspiration,

Expire au maximum pour faire place à l’air de la nouvelle année.

 

Meilleurs vœux Cher Journal.

 

Gros bisous.

 

 

Note :

*temporaire bien sûr.

* *Emprunt aux chants kundaliniques de l’ashram Didier Super – J’en ai rien à foutre. Ce lien vous mènera sur Youtube.

***Je ne résiste pas au besoin de faire une aparté sur la débilité d’un tel argument. Transposé à une autre domaine ça donnerait : »Mais arrête de plaindre que ta jambe est cassée ! Certains n’en n’ont plus ! »

2 réflexions sur “2019 : la Positive Attitude

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