Joker

« Cher Journal,

Je suis allé au cinéma avec mes amis voir le film sur le Joker. Moi, j’aime bien les méchants. Ils mettent le héros en valeur. Alors prendre l’un d’eux pour en faire le protagoniste ? Pourquoi pas. Puis est arrivée la procession du marketing. Puis a psalmodié en chœur la critique. Puis … Tant pis ! On tente l’expérience. Zou galinette !

 

Le Joker dans sa version Lego rigole et semble heureux. Auteur : Gaberoseart source : https://www.deviantart.com/gaberoseart/art/lego-joker-668748211

 

[Alerte, ce billet contient du spoale]

Titre : Joker

De Todd Phillips

Genre : #joaquinporn #fascinationmorbide

Année : 2019

 

Synopsis

Arthur Fleck, qui vit avec sa maman dans les quartiers populaires de Gotham, souffre d’une maladie mentale très handicapante. Pour tenter de joindre les deux bouts, il est intermittent du spectacle en tant que clown. Un jour, son assistante sociale lui annonce que son service va être fermé à cause des coupes budgétaires de la mairie.

Ce thriller psychologique et social haletant invite le spectateur à enfin répondre à la question suivante : le cinéma français serait-il mieux avec plus de budget ?

 

Ce que j’ai vu :

Gotham est sans doute la ville la plus pourrie du monde. Au sens propre puisque la radio nous annonce une grève des éboueurs qui dure depuis 18 semaines… 18 semaines ! Plus de 4 mois ! La peste, le choléra et les incendies doivent avoir ravagé la ville ! Si la pauvreté en a pris un sacré coup, il faudra purifier la zone au napalm voire prévoir un ou deux exorcismes juste au cas où. Mais je m’égare déjà : il reste encore 2h01 de film.

Le quotidien d’Arthur Fleck n’est que souffrance. Déjà parce que c’est certainement un emo refoulé. Ensuite parce que gagner sa croûte dans pareille ville n’est pas chose aisée. Il se fait ensuite trahir par ses collègues. Licencier. Son assistante sociale est plus dépressive que lui. Il s’occupe de sa maman impotente. Il se fait casser la gueule un jour sur deux. Son appartement est insalubre. Il est malade.

Il souffre en effet d’une terrible affliction mentale : la scénarite aiguë. Celle-ci le fait rire de manière atroce et prolongée à des moments inopportuns. Elle opère également un tri sélectif sur les souvenirs du héros en fonction des besoins de l’histoire. Ce qui est quand même très pratique pour créer un retournement de situation artificiel à base de trahison familiale. Mais le pire, c’est que sa maladie le pousse à faire du Tai Chi dans des endroits pas très feng shui. A moins que ce ne soit de la tecktonik au ralenti, le scenario donne libre cours à l’interprétation sur ce point.

Quand son traitement arrivera à son terme pour cause de rupture de stock, Arthur embrassera ses démons, mettra un coup de pied au cul à ce qui lui reste d’empathie et commencera à meuler du col blanc lors d’une action vengeresse implacable. Ce fait divers fera les choux gras de la presse qui titre également sur le risque d’émeute causée par les inégalités grandissantes. Le hastag #meeClown est lancé. Les gens se déguisent. Joker ne veut pas devenir un symbole mais il va quand même faire du terrorisme en direct sur les plateaux télé. Pour l’occasion, il s’est teint les cheveux en vert et il s’est grimé en clown. Il a même répété son « j’accuse » en coulisse. Un pamphlet très travaillé et très profond à base de ce que qu’on peut trouver sur Twitter…

Mais ! Attendez une minute ! C’est ça ! Cheveux verts, en souffrance perpétuelle, incompris, différent, Arthur Fleck est un Justice Social Warrior de Twitter frustré !

Bref. Gothma brûle. Les parents Wayne meurent une fois de plus à l’écran. Le Joker est interné. Il tue sa psy. Course poursuite Beny Hill. Travelling arrière. Un The End cartoonesque apparaît. Arthur est mort, vive le Joker.

Pardonne-moi si je suis allé bien vite Cher Journal, mais une fois levé les multiples scènes de rires forcés, les danses et les égarements scénaristiques pour embrouiller le spectateur, il ne reste plus grand chose.

Bon, tu as compris, je n’ai pas aimé. Et peut-être est-ce aussi ton cas. Peut-être même que, écrasé par l’enthousiasme d’autrui, tu peines à t’exprimer. Peut-être que les artifices déployés par le film t’empêche de mettre le doigt sur ce qui t’a déplu. Je vais essayer de t’aider.

 

Le scenario

La structure du récit est en gros celle d’une histoire des origines, un genre très (trop ?) utilisé et très rentable actuellement. Arthur est un être spécial noyé dans la masse. Il perd sa première altercation (au tout début) mais on voit déjà qu’il a des ressources en lui. Un élément déclencheur le pousse à les utiliser : il gagne cette confrontation, mais effrayé parce qu’il est, le doute l’habite encore (la confrontation avec les cols blancs ivres dans le métro). Le grand méchant (la société incarnée par la star de télé Murray) le poussera dans ses derniers retranchements et l’obligera à devenir ce qu’il est vraiment. Il obtient la reconnaissance. Un nouveau super héros/ vilain est né.

A vrai dire, ce n’est pas un problème en soi. Le fait que le film soit prévisible non plus. On sait tous dans quelle direction on va. Toutes les actions du Joker sont annoncées. C’est dans leur réalisation que le film entend nous surprendre. Un peu comme dans Destination Finale… En moins bien quand même. Et comment recréer la surprise chez le spectateur averti ? Par le déchargement d’un semi-remorque de pathos dans sa face.

 

Le racolage

Tel un héros maudit de tragédie grecque, Arthur Fleck va en prendre plein la poire.

  • trahison par le bas-peuple auquel il appartient (agression en bande au tout début),
  • trahison par ses pairs (calomnie de son collègue clown),
  • trahison par sa hiérarchie (licenciement),
  • trahison par des élites avinées (harcèlement sexuel dans le métro),
  • trahison par la cité qui coupe les aides,
  • trahison par sa mère,
  • trahison par le système tout entier qui s’enrichit en se moquant de lui (l’émission télé),
  • ajoutons à ça son passif d’enfant battu et sa mère qui a été internée mais qui a quand même le droit d’adopter (?!),
  • etc.

Wahou ! Et Bigard qui dit qu’il a pas de chance avec sa chauve-souris enragé. Non, cette blague est nulle.

Si chaque péripétie se muait en titre de journal, on serait sur BFMTV. L’idée est de prendre le spectateur aux tripes, de provoquer l’émotion, de forcer l’empathie, la révolte, la colère et la pitié grâce à des scènes bien racoleuses. C’est facile et surtout gratuit. Écœurant.

 

La branlette intellectuelle

A mon avis, le gros des interrogations vont tourner autour deux questions. Est-ce la faute de la société ou de sa maladie ? Et, qu’est-ce qui est réel et qu’est-ce qui est fantasmé ? Deux questions qui en fait s’annulent. Puisque de nombreuses scènes sont rêvés par le joker, difficile de tirer une conclusion. C’est sans doute le but, garder une aura mystérieuse et énigmatique au personnage. Mais alors pourquoi faire un film sur ses origines ? La mise en scène est certes chiadée, chaque plan est très travaillé et pris indépendamment, ils sont super beaux. And so what ? Qu’est-ce qu’on peut en tirer sur le fond ? Les inégalités c’est mal ? la violence, c’est pas bien ? Il ne faut pas abandonner les gens ? La société crée ses propres monstres ? Soyez gentil avec les clowns ? N’abusez pas de la contrebasse dans votre bande sonore ?

 

La naissance d’un super vilain

Et qu’est-ce que c’est que ce Joker tout pitoyable et tout maigre ? Il va pas faire 2 secondes contre m… »

 

 

SuperPortrait T’écris quoi ?

Portrait Batman Woooooooh !

SuperPortrait Je t’ai surpris ?

Portrait Batman Heu… Non, Batman n’est jamais surpris.

SuperPortrait Tu vas me dire que tu as fait exprès de sursauter ?

Portrait Batman Exactement ! C’est une technique pour te laisser croire que tu as l’avantage et te pousser à la faute.

SuperPortrait Impressionnant…

Portrait Batman Je sais. Tu es là depuis combien temps ?

SuperPortrait Un bon quart d’heure.

Portrait Batman Même pas vrai, tu viens d’arriver en super vitesse, sinon je t’aurai remarqué.

SuperPortrait Une super vitesse qui ne déplace pas d’air ?

Portrait Batman Exactement, une super vitesse quantique. C’est à la mode en plus.

SuperPortrait J’y penserai. Alors, qu’est-ce que tu écris ? Tu as l’air très concentré.

Portrait Batman J’essaye de mettre mes idées en ordre sur le film Joker.

SuperPortrait J’adooooooooore ce film ! Chiadé à souhait,le doute permanent sur ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, un héros torturé, une performance d’acteur au top, une Gotham bien sombre et en proie à tous les pires maux. Tu as du aimé.

Portrait Batman Noooooooooooooooooooooooooooooooooooooon !

SuperPortrait Non ?! Mais tout le monde aime. Pourquoi tu n’aimes pas ?

Portrait Batman Parce que je suis Batman. Je ne suis pas comme tout le monde. Je vois des choses que les gens ne peuvent pas voir.

SuperPortrait Des gens qui sont morts ?

Portrait Batman C’est pas drôle ! Ça te ferait quoi toi de voir tes darons se faire trucider sur grands écrans tous les deux ans ! Comment tu veux que je passe à autre chose ! En plus, le film il dit que je suis fou comme le joker mais comme j’ai de l’argent, j’ai un plus beau déguisement que lui.

SuperPortrait

Portrait Batman

SuperPortrait Et si tu considérais que c’est une tentative pour te déstabiliser.

Portrait Batman Continue.

SuperPortrait Oui ! C’est juste de la jalousie parce que tu es le seul héros qui allie coolitude et ténébritude avec autant de brio.

Portrait Batman Tu penses vraiment ce que tu dis.

SuperPortrait

Portrait Batman Je le savais ! Je te zut et je rentre à ma bat-cave  ! Et même pas tu me suis ! J’ai toujours de la kryptonite sur moi.

SuperPortrait … Tu fais peur quand tu es comme ça.

Portrait Batman C’est parce que je suis la peur.

SuperPortrait Ha quand même… *une fois Batman partit* C’est passionnel entre la chauve-souris et le clown.

Portrait Batman *voix étouffée provenant d’un émetteur caché* [Je t’ai entendu ! Il y a un capteur sous la table !]

SuperPortraitAlors là, c’est toi qui me gonfles ! Est-ce que tu connais le sens du mot éthique ?

Portrait Batman[La mienne est plus grosse que la tienne !]

SuperPortrait Je vais revoir le film sans toi puisque c’est comme ça !

Portrait Batman  [Allô ? J’entends pas ! Je passe sous un tunnel ! Kshhh Ksshhhh !]

 

 

Remerciement :

Gaberoseart pour l’image de lego Joker, trouvable sur Deviantart.

 

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